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UN ASSOCIÉ PEUT-IL EXIGER DES COMPTES ? EXPERTISE DE GESTION ET COMMUNICATION DE DOCUMENTS SOCIAUX

  • il y a 12 heures
  • 8 min de lecture

Droit à l'information des associés en Charente-Maritime — Ce que dit le droit, comment agir



Les comptes annuels n'arrivent plus, les procès-verbaux d'assemblée restent sans réponse et certaines décisions du gérant semblent prises sans concertation, voire à rebours de l'intérêt de la société. Un associé qui se retrouve dans cette situation n'est pas sans recours — mais encore faut-il connaître les voies qui s'offrent à lui.


En droit des sociétés, l'information n'est pas une faveur que le dirigeant accorde : c'est un droit reconnu par la loi à tout associé, quelle que soit sa part dans le capital. Lorsque ce droit est ignoré ou contourné, le juge peut être saisi pour contraindre à la communication, voire pour désigner un expert indépendant chargé d'analyser les opérations de gestion litigieuses. Ces mécanismes — souvent méconnus des associés non-juristes — peuvent pourtant s'avérer déterminants dans un conflit entre associés, à La Rochelle comme ailleurs en Charente-Maritime.


EN BREF :


  • Tout associé dispose d'un droit légal à l'information sur la gestion de la société, indépendamment de sa participation au capital.


  • L'expertise de gestion et la demande en communication de documents sociaux sont deux voies judiciaires distinctes — complémentaires, non exclusives l'une de l'autre.


  • En cas de refus ou d'obstruction, le juge peut ordonner la communication sous astreinte et désigner un expert judiciaire — ce qui ouvre la voie à d'autres contentieux.


Ce que recouvre concrètement le droit à l'information


Le droit à l'information des associés est consacré par le Code de commerce, avec des modalités qui varient selon la forme sociale. Dans une SARL, l'article L. 223-26 garantit à chaque associé un droit de communication permanent des documents comptables et sociaux. Dans une SAS, les statuts définissent le périmètre de ce droit — ce qui peut fragiliser les associés minoritaires si leur rédaction est insuffisamment protectrice. Dans les sociétés anonymes, la réglementation est plus formalisée, avec une obligation de mise à disposition de documents en amont des assemblées générales.


Ce droit couvre a minima les comptes annuels, les rapports de gestion, les procès-verbaux d'assemblées générales et, dans certains cas, les contrats conclus par la société. La détention d'une fraction minoritaire du capital ne prive pas l'associé de cette prérogative — c'est précisément ce que les dirigeants récalcitrants ont tendance à occulter.


L'expertise de gestion : une mesure judiciaire ciblée


L'expertise de gestion est prévue à l'article L. 223-37 du Code de commerce pour les SARL et à l'article L. 225-231 pour les SA. Elle permet à un ou plusieurs associés de saisir le président du tribunal de commerce afin qu'un expert indépendant soit désigné pour analyser une ou plusieurs opérations de gestion déterminées.


Trois conditions doivent être réunies pour que la demande soit recevable :


  1. L'associé demandeur doit justifier d'un seuil minimal de participation au capital : 10 % dans les SARL, 5 % dans les SA et les SAS cotées. En dessous de ce seuil, des associés peuvent se regrouper pour atteindre le pourcentage requis.


  2. La demande doit porter sur des opérations de gestion précises et suffisamment identifiées. Une demande vague — portant sur « la gestion générale des cinq dernières années » — sera rejetée.


  3. Une demande préalable d'explications adressée aux dirigeants doit avoir été formulée sans obtenir de réponse satisfaisante.

 

La procédure se déroule en référé devant le président du tribunal de commerce compétent (le Tribunal de commerce de La Rochelle pour les sociétés immatriculées en Charente-Maritime). Le président désigne un expert dont la mission, le périmètre et les délais sont fixés dans l'ordonnance. Le rapport d'expertise peut ensuite alimenter d'autres procédures contentieuses : action en responsabilité du dirigeant, contestation de délibérations sociales, ou action en abus de majorité.


La communication de documents sociaux : une voie plus accessible


Lorsqu'un associé se voit refuser la communication de documents auxquels il a légalement droit — comptes annuels, rapports de gestion, procès-verbaux —, il peut saisir le juge pour obtenir leur communication forcée. Cette procédure, fondée sur l'article L. 223-26 du Code de commerce pour les SARL, ne suppose aucun seuil minimum de détention.


La saisine intervient généralement en référé ou par voie d'injonction de faire. Le juge peut ordonner la communication des documents sous astreinte financière — une pénalité qui court par jour de retard jusqu'à l'exécution de l'ordonnance. En pratique, cette procédure est régulièrement utilisée en amont d'un contentieux plus large, lorsqu'un associé cherche à réunir des éléments avant d'agir en abus de majorité ou en responsabilité civile.


Contrairement à l'expertise de gestion, elle ne requiert pas de demande préalable formalisée, bien qu'il soit recommandé de mettre en demeure le dirigeant par lettre recommandée avant de saisir le juge, pour démontrer le refus.


Expertise de gestion et communication de documents : tableau comparatif

 

Critère

Expertise de gestion

Communication de documents sociaux

Fondement légal

Art. L. 223-37 / L. 225-231 C. com.

Art. L. 223-26 / L. 232-1 C. com. et statuts.

Seuil de détention

10 % (SARL) / (5 % (SA)

Tout associé, sans seuil minimum

Objet

Opérations de gestion identifiées

Documents comptables et sociaux

Procédure

Référé (Président du Tribunal de commerce)

Injonction de faire ou référé

Délai Moyen

2 à 3 mois pour la désignation de l'expert

Quelques semaines en référé d'heure à heure

Effets possibles

Rapport d'expert

Communication forcée sous astreinte

 

Articulation avec d'autres contentieux entre associés


L'expertise de gestion et la communication de documents sociaux ne sont pas des fins en soi : ce sont des outils probatoires qui préparent ou alimentent des contentieux plus larges.


L'action en abus de majorité est l'une des procédures les plus fréquemment associées. Lorsque les associés majoritaires prennent des décisions contraires à l'intérêt social dans le seul but de favoriser leurs propres intérêts au détriment des minoritaires, les documents sociaux obtenus peuvent démontrer l'existence de distributions anormales, de rémunérations excessives ou de choix stratégiques injustifiés.


L'action en responsabilité du dirigeant, fondée sur l'article L. 223-22 du Code de commerce pour les gérants de SARL, peut trouver dans le rapport d'expertise de gestion un élément de preuve déterminant.


La contestation de délibérations intervient lorsque des assemblées générales ont été convoquées ou délibérées en violation des règles légales ou statutaires. La Cour de cassation rappelle régulièrement que la méconnaissance du droit à l'information peut entraîner la nullité des décisions sociales concernées (Cass. com., 12 décembre 2006, n° 04-19.300).


Une stratégie contentieuse bien construite utilise ces différents leviers de façon coordonnée, sans les activer en ordre dispersé.

 

Vous êtes associé et vous n'avez plus accès aux comptes ou aux procès-verbaux ? Un premier échange au cabinet permet d’identifier les difficultés d’accès aux documents sociaux et les solutions possibles pour rétablir vos droits. Maître Colloch — 06 74 31 40 61.

 

Limites et points de vigilance


Ces procédures comportent des limites qu'il convient d'anticiper. L'expertise de gestion ne peut pas porter sur la gestion générale de la société : elle doit être ciblée sur des opérations précises. Par ailleurs, l'expert désigné n'a pas vocation à se substituer aux organes de gestion (il analyse, il ne dirige pas).


La communication de documents peut se heurter à l'invocation du secret des affaires, même si ce motif est rarement accueilli par les juridictions commerciales lorsque le demandeur est lui-même associé. La directive européenne 2016/943 sur le secret des affaires, transposée en droit français, ne fait pas obstacle au droit à l'information des associés dès lors que la demande s'inscrit dans le cadre légal.


Enfin, ces recours engagent des frais — honoraires d'avocat, frais d'expertise — qu'il convient d'évaluer avant de s'engager. Un associé qui dispose d'une protection juridique peut en solliciter la prise en charge. En cas de succès, le juge peut mettre tout ou partie des frais à la charge de la société ou des dirigeants fautifs.

 

Le rôle de l'avocat : phase amiable et phase judiciaire


En amont du contentieux, l'avocat analyse la forme sociale et les statuts pour identifier précisément les droits dont vous disposez, puis rédige une mise en demeure circonstanciée adressée au dirigeant ou aux associés majoritaires. Cette étape précontentieuse est souvent suffisante pour obtenir les documents demandés sans action en justice.


En phase judiciaire, en cas de refus persistant, l'avocat prépare et dépose la requête en référé ou l'assignation devant le président du tribunal de commerce. Il définit le périmètre de la demande d'expertise de façon à maximiser les chances d'admission, assure le suivi de la procédure, la communication avec l'expert désigné et l'exploitation du rapport dans le cadre d'un contentieux ultérieur.



Pour aller plus loin


Si votre situation implique également une procédure d'urgence ou un conflit plus large au sein de la société, ces articles du cabinet vous apporteront des repères utiles :


 


FAQ : Questions fréquentes sur le droit à l'information des associés


1. Un associé minoritaire peut-il demander une expertise de gestion ?


Oui, sous réserve de détenir le seuil légal minimal : 10 % du capital dans une SARL, 5 % dans une SA. En dessous de ce seuil, l'associé peut regrouper ses parts avec d'autres pour atteindre le pourcentage requis. La détention indirecte via une holding est également prise en compte selon les cas.


2. Quels documents un associé de SARL peut-il obtenir ?


Dans une SARL, l'article L. 223-26 du Code de commerce donne à tout associé le droit de prendre connaissance des comptes annuels, du rapport de gestion, de l'inventaire et des procès-verbaux d'assemblées générales des trois derniers exercices. Ce droit peut être exercé au siège de la société, assisté d'un expert-comptable.


3. Que se passe-t-il si le gérant refuse de communiquer les documents ?


Le refus du gérant peut être sanctionné par le juge, qui ordonnera la communication des documents sous astreinte. L'astreinte est une pénalité financière qui court par jour de retard jusqu'à l'exécution de l'ordonnance. En cas de résistance persistante, le dirigeant engage sa responsabilité personnelle.


4. L'expertise de gestion peut-elle porter sur des exercices antérieurs ?


Oui. La demande peut concerner des opérations passées, sous réserve que les faits ne soient pas prescrits et que les opérations visées soient suffisamment précises. Une demande portant sur « la gestion générale des cinq dernières années » sera rejetée. En revanche, une demande ciblant une opération de cession d'actif réalisée en 2022 sera recevable si elle est correctement circonscrite.


5. La procédure d'expertise de gestion suspend-elle d'autres actions en justice ?


Non. L'expertise de gestion et les autres contentieux — abus de majorité, responsabilité du dirigeant, contestation de délibération — peuvent être menés simultanément ou séquentiellement. Le rapport d'expertise constitue un élément de preuve que l'associé peut produire dans toute procédure parallèle ou postérieure.


6. Combien coûte une procédure d'expertise de gestion ?


Les coûts comprennent les honoraires de l'avocat et les frais de l'expert judiciaire désigné par le juge, dont la rémunération est fixée par le tribunal. En cas de succès, le juge peut mettre ces frais à la charge de la société ou des dirigeants fautifs. Si vous disposez d'une assurance de protection juridique, les frais d'avocat peuvent être pris en charge totalement ou partiellement.

 


Reprendre la main sur la gestion d'une société dont vous êtes associé


Lorsqu'un associé est tenu à l'écart des informations essentielles sur la vie de la société, il dispose de leviers juridiques concrets. L'expertise de gestion et la demande en communication de documents sociaux permettent d'obtenir ce que le dirigeant ou les majoritaires refusent de communiquer — et de construire, si nécessaire, un dossier contentieux solide.


Ces procédures sont complémentaires. Elles s'inscrivent dans une stratégie globale qui, bien conduite, rétablit l'associé dans ses droits sans qu'il soit contraint de subir une opacité de gestion contraire à la loi.


Pour les associés de sociétés domiciliées en Charente-Maritime, le Cabinet de Maître Simon Colloch intervient en amont et devant les juridictions commerciales de La Rochelle.


Contact


Adresse : 1 rue du Bois d'Huré, 17140 Lagord (La Rochelle)

Téléphone : 06 74 31 40 61



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